Le jazz à Montréal : des années folles à aujourd’hui

Richard Burnett

Montréal est un haut lieu du jazz durant les années folles, une scène grande ouverte profitant de la prohibition américaine, qui dure de 1920 à 1933.

Montréal est en effet l’un des seuls endroits en Amérique du Nord où l’on peut acheter de l’alcool légalement. Le thème musical officieux de la ville est le succès de 1928 du compositeur Irvin Berlin intitulé Hello Montréal!, qui résume bien le sentiment des touristes assoiffés : « Goodbye Broadway, hello Montréal / I’m on my way, I’m on my way / And I’ll make whoop-whoop whoopee night and day! » (« Adieu Broadway, bonjour Montréal / J’arrive, j’arrive / Et je ferai la nouba jour et nuit! »).

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Joueurs, raquetteurs et grands noms du monde du spectacle — plus particulièrement les musiciens de jazz américains — affluent à Montréal, surtout à l’entre-deux-guerres, alors qu’on dit du quartier de la Petite-Bourgogne qu’il est le « Harlem du Nord ».

Montréal devient rapidement la capitale des clubs et des cabarets au Canada. L’époque durant laquelle on la surnomme Sin City (« Ville du péché ») se poursuit jusqu’au milieu des années 1950.

Aujourd’hui, Montréal est encore une ville de jazz. On y organise le plus important festival de jazz au monde et on peut y entendre de la musique tous les soirs de la semaine dans les clubs de jazz de la ville.

Si la métropole québécoise n’est plus la « Ville du péché », elle est encore une cité où l’on aime prendre du bon temps bien après que les trottoirs des autres villes soient désertés des passants partis se coucher.

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Le jazz dans la « Ville du péché »

Le jazz, un style musical qui a vu le jour à La Nouvelle-Orléans au tournant du XXe siècle, s’exporte au Nord, à Montréal, dont sont originaires de grandes têtes d’affiche locales comme Oscar Peterson, Maynard Ferguson et Oliver Jones.

La métropole québécoise devient une ville aux innombrables clubs de jazz, dont le célèbre Rockhead’s Paradise, un bar de trois étages situé à l’intersection des rues de la Montagne et Saint-Antoine. Fondé par Rufus Rockhead en 1928, il accueille Louis Armstrong, qui y vient après ses performances au Forum ou dans les clubs des quartiers chics, et c’est là aussi qu’Ella Fitzgerald se produit pour la première fois à Montréal, en 1943.

Non loin de là, rue de la Montagne, se trouve un autre club noir très fréquenté, le Café St-Michel, où entendre le Louis Metcalf’s International Band, l’ensemble du trompettiste Louis Metcalf, qui a joué pour Duke Ellington et Jelly Roll Morton, avant d’amener le be-bop à Montréal.

Le pianiste Oliver Jones, ancien protégé de son idole Oscar Peterson, n’a que 10 ans quand il se produit pour la première fois au Café St-Michel, en 1944.

Il m’a un jour confié : « Le St-Michel était en face du Rockhead’s Paradise, le premier club canadien à appartenir à un Noir. Le St-Michel était un peu plus déluré. Rufus Rockhead ne laissait jamais les choses dégénérer, même s’il y avait beaucoup de pression des autorités pour qu’il ferme. Mais je me souviens avoir joué au St-Michel et y avoir vu beaucoup de choses que je n’aurais pas dû voir, comme des pin-up ou des effeuilleuses. Mais il y avait toujours quelqu’un là-bas pour s’occuper de moi. »

Durant l’âge d’or du jazz à Montréal, des années 1920 aux années 1950, tous les plus grands, de Dizzy Gillespie à Duke Ellington, se sont produits en ville. Même Frank Sinatra a chanté Chez Paree, rue Stanley, en 1953.

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Laisser le bon temps rouler

Dans les années 1960, le jazz perd de sa superbe avec l’arrivée du rock’n’roll, mais pas à Montréal où Rouè-Doudou Boicel fonde le légendaire Rising Sun Celebrity Jazz Club, en 1975. Le club se situe rue Sainte-Catherine, là où la Maison du Festival du Festival International de Jazz de Montréal se trouve à présent, dans le Quartier des spectacles.

« Les amis proches qui m’ont aidé au club étaient Taj Mahal, Buddy Guy, Art Blakey, John Lee Hooker et Dizzy Gillespie, qui venait à Montréal dès que je manquais d’argent, m’a un jour révélé Doudou Boicel. Il savait qu’on ferait salle comble. »

En 1978, Boicel fonde également le Rising Sun Festijazz, à la Place des Arts, qui ne fait pas long feu, mais accueille, avant que le Festival International de Jazz de Montréal ne soit créé en 1980, des célébrités comme Sarah Vaughan et Dexter Gordon.

Tout comme le Café St-Michel, le Rising Sun est aujourd’hui fermé. Le Rockhead Paradise a mis la clé sous la porte en 1980. Mais un milieu très vivant s’est développé en ville avec la tenue du Festival International de Jazz de Montréal, qui se fait fort de soutenir les musiciens d’ici.

Le Festival International de Jazz de Montréal

La création du Festival International de Jazz de Montréal, en 1980, marque le début d’une nouvelle ère pour le jazz à Montréal. Plusieurs clubs ont depuis ouvert et sont particulièrement animés durant le festival.

Chaque année, l’événement de dix jours réunit les plus grands noms de l’industrie musicale, présentant plus de 3000 musiciens de 30 pays à l’occasion de 500 concerts en salle et en plein air, payants et gratuits, sur vingt scènes différentes.

Le Festival International de Jazz de Montréal, le plus important au monde, selon le livre des records Guinness, débute chaque année à la dernière semaine du mois de juin.

Upstairs Jazz Bar & Grill

Situé non loin des grands hôtels et très appréciés des touristes, l’Upstairs Jazz Bar & Grill est un club intime où entendre des musiciens locaux tels que le batteur Jim Doxas et la chanteuse de blues Dawn Tyler Watson.

Une pléiade d’étoiles s’y sont produites au cours des dernières années, notamment Sheila Jordan, Jimmy Heath, Alvin Queen (ancien batteur pour Oscar Peterson), Jeff Healey et la grande chanteuse montréalaise Ranee Lee, qui y a enregistré son album lauréat d’un Juno.

L’Upstairs a été le premier club hors site du Festival International de Jazz de Montréal. Il organise des jam-sessions hebdomadaires pour les étudiants des universités McGill et Concordia, et a été classé par le magazine Downbeat dans les 150 meilleurs clubs de jazz au monde.

Maison du Jazz

Au centre-ville, la Maison du Jazz est un club à la riche histoire : à l’origine appelée Biddle’s Jazz and Ribs, du nom du légendaire bassiste montréalais Charlie Biddle, la Maison du Jazz a servi de rampe de lancement pour des musiciens montréalais comme Oliver Jones, Ranee Lee et le regretté batteur Bernard Primeau. On y a même vu Nina Simone. Un jour, Tony Bennet, de passage en ville en 1985 au Théâtre St-Denis, y pousse la chansonnette, après que son groupe soit parti avec sa limousine, après le spectacle.

Aujourd’hui, la Maison du Jazz programme des musiciens québécois de jazz et de blues tous les soirs de la semaine, dont le pianiste Taurey Butler et la chanteuse soul Michelle Sweeney. L’atmosphère conviviale de l’endroit plaît aux touristes.

Dièse Onze

Dans le quartier branché du Plateau-Mont-Royal, le Dièse Onze a tout d’une véritable cave de jazz. On peut y entendre tous les soirs de bons musiciens tels que la diva du soul lauréate d’un Juno Kim Richardson et le populaire et groovy groupe de jazz funky et soul The Brooks.

Autres clubs de jazz montréalais

Dans le Mile End, le café underground géré par des musiciens Résonance! présente toute l’année des musiciens de jazz, de classique et de musique expérimentale, dont le populaire Kalmunity Jazz Project, le dimanche.

Dans le Vieux-Montréal, le Modavie, un bistro de cuisine française, présente des musiciens montréalais de jazz et de blues tous les soirs de la semaine. La pierre et les boiseries du décor accentuent le caractère old school de l’endroit.

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Circuit guidé sur le jazz montréalais

Chaque année durant le festival de jazz, la guide professionnelle Leah Blythe offre un Montreal Jazz History Walking Tour de deux heures qui fait un tabac. Ce circuit au centre-ville raconte l’histoire du jazz montréalais des années 1920 jusqu’à la création du Festival International de Jazz de Montréal en 1980. Une bonne occasion de voir ce que sont devenus les anciens clubs tels que le Rockhead’s Paradise, le Rising Sun et Chez Paree. Pour plus d’informations sur le circuit durant le festival et toute l’année, envoyez un courriel à leah.m.blythe@gmail.com.

Richard Burnett

Richard Burnett, blogueur

Richard « Bugs » Burnett est un auteur, rédacteur, journaliste, blogueur et chroniqueur canadien. Il écrit pour des hebdomadaires indépendants ainsi que des publications grand public et LGBTQ. De plus, Bugs connaît Montréal comme une drag queen connaît les produits de beauté.

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