Le Montréal des sœurs McGarrigle

Richard Burnett

Richard « Bugs » Burnett est un auteur, rédacteur, journaliste, blogueur et chroniqueur canadien. Il écrit pour des hebdomadaires indépendants ainsi que des publications grand public et LGBTQ. De plus, Bugs connaît Montréal comme une drag queen connaît les produits de beauté.

Kate et Anna McGarrigle sont de véritables icônes du folk canadien. À Montréal, où elles ont vécu, on adore tout simplement les deux sœurs et leur famille de musiciens. De Linda Ronstadt à Emmylou Harris en passant par Billy Bragg et les Pet Shop Boys, de grandes vedettes de la musique populaire ont interprété et enregistré leurs chansons.

Kate et Anna ont eu une collaboratrice de longue date, leur sœur aînée, Jane McGarrigle, qui a longtemps travaillé dans le milieu de la musique, s’est produite à leurs côtés et a produit, en 1982, leur album Love Over and Over. Elle a même été leur agente, du milieu des années 1970 aux années 1990.

Kate est décédée d’un sarcome, une forme de cancer rare, en 2010, mais l’esprit et la musique des McGarrigle sont toujours vivants. À propos des sœurs, Emmylou Harris a dit sur la quatrième de couverture (de la version anglaise) d’Entre la jeunesse et la sagesse : L’album de famille des sœurs McGarrigle, la biographie remarquée d’Anna et Jane datant de 2015 : « À l’instant même où j’ai rencontré ces “filles de la montagne”, Kate, Anna et Jane, j’ai voulu faire partie du cercle magique des McGarrigle, avec ses chansons, ses soupers, sa famille et ses amis voyageurs, et elles m’ont fait le cadeau de partager tout cela avec moi. »

Les trois sœurs McGarrigle sont nées à Montréal, mais leurs parents ont par la suite choisi d’élire domicile à Saint-Sauveur-des-Monts, au nord de la ville. Néanmoins, la famille — y compris les enfants de Kate, Rufus et Martha Wainwright — a toujours gardé des liens étroits avec la métropole : Kate a étudié en ingénierie à l’Université McGill et Anna la peinture à l’École des beaux-arts ; Rufus a fait ses armes au fameux Café Sarajevo, aujourd’hui fermé, de la rue Clark ; Martha a ouvert un café faisant office de salle de spectacles dans le Mile End, Ursa ; et une place Kate-McGarrigle a été inaugurée dans Outremont, en 2013.

Par ailleurs, le concert de Noël montréalais de la famille McGarrigle, devenu une véritable tradition du temps des fêtes, sert à collecter des fonds pour la lutte contre le cancer au profit de The Kate McGarrigle Fund et de la Kate McGarrigle Foundation.

Jane McGarrigle a partagé avec moi de bons souvenirs de sa célèbre famille et de sa ville.

Pourquoi aimez-vous Montréal ?

Jane McGarrigle : Je trouve que c’est une ville très agréable à vivre. J’ai vécu à San Francisco, à Los Angeles et à La Nouvelle-Orléans, mais je finis toujours par revenir ici. Sa diversité me plaît bien. Je me souviens de m’être retrouvée, un jour, derrière une femme jamaïcaine, dans un magasin de pièces d’auto. Elle avait un mal fou à expliquer en français ce dont elle avait besoin à un jeune gars d’origine portugaise derrière le comptoir. Lui a très serviable, et il a trouvé la pièce en question. C’est si montréalais !

Quelle est la chose que vous préférez faire à Montréal ?

JM : Avant, la pandémie, c’était d’aller à l’Ursa, le petit club de Martha dans le Mile End. Avec la fille d’Anna, Lily Lanken, elle y organise des événements culturels, des projections de film avec des tables rondes, comme le film biographique de l’architecte Gordon Mattah Clark, une soirée Norman McLaren, des concerts, et à un prix comprenant un bon repas et un verre de vin. À l’heure actuelle, mon endroit préféré est notre maison familiale de Saint-Sauveur, non loin de Montréal, où on se répartit dans cinq endroits différents et on se rencontre autour d’un feu, en hiver, ou d’un barbecue, en été.

Comment était-ce de travailler avec vos sœurs ? Aviez-vous cette capacité qu’ont les frères et sœurs d’être à l’unisson, à la scène comme à la ville ?

JM : Parfois, mais pas toujours. Nous étions partenaires dans plus d’un projet et le respect des limites était parfois compliqué, voire litigieux. J’imagine que ce n’était pas facile pour elles de voir leur grande sœur tenir les rênes ou, du moins, essayer.

Avec Anna, vous avez écrit Entre la jeunesse et la sagesse. Le récit se termine en 1975. Peut-on espérer une suite ?

JM : Nous nous sommes arrêtées en 1975, car c’est à ce moment-là que Kate et Anna ont commencé leur carrière, et Anna ne voulait pas que ce livre soit une biographie de leur parcours professionnel. Je pense qu’un livre qui ne serait pas seulement un survol de leur carrière, avec des anecdotes de tournée, de concert et d’expériences en studio serait chouette. On ne manquerait pas de matériel, il suffirait de s’asseoir et de le mettre par écrit.

Avez-vous un moment préféré avec votre sœur Kate que vous aimeriez partager avec nous ?

JM : En mars 2009, Kate et Anna revenaient en voiture de New York après une séance de mixage en studio. Kate était au volant de sa Mini, son bras gauche en écharpe, car elle avait eu une fracture multiple à la suite d’un accident de patin, mais cela ne l’empêchait pas d’avaler les kilomètres. Elle prenait cette route depuis les années 1970 et la connaissait bien.

Deux heures avant d’arriver à Montréal, elle se fait arrêter par un jeune agent de police. Il vérifie sa plaque et après un long moment et plusieurs conversations téléphoniques, il revient avec deux contraventions impayées pour dépassement de vitesse datant des années 1990 qui, mystérieusement, n’avaient jamais fait surface lors d’arrestations précédentes. Anna, la larme à l’œil, a bien protesté en disant que sa sœur était en phase terminale d’un cancer et qu’elle avait besoin d’être traitée avec douceur, mais en vain, car le policier l’a fait sortir de la voiture, lui a passé les menottes — même avec son bras cassé — et l’a fait asseoir à l’arrière de sa voiture de patrouille.

Anna les a suivis à la cour, où Kate a été accusée et où on lui a donné une date de procès, en mai. Elle a bien offert de payer sur-le-champ, mais cela lui a été refusé, car on devait d’abord l’amener à la prison du comté, où l’on devait dresser le procès-verbal et prendre sa photo. De retour à l’auto, menottes aux poignets, Anna suit toujours dans la Mini, on met le cap sur la prison de comté, dans une ville voisine. Là, ce n’est qu’à la toute fin de la procédure qu’on a accepté la carte Visa de Kate pour régler les 650 $ de contraventions impayées. Elle a été relâchée vers minuit et elles se sont rassises dans la Mini, direction Montréal. Anna parle encore de cette aventure comme de la fois où elles ont dû payer les « Good ol’ Mountain dues ».

Votre concert le plus mémorable avec vos sœurs ?

JM : Le concert Complainte pour Sainte-Catherine au Spectrum, en novembre 1983, le jour de la Sainte-Catherine, la sainte patronne des vieilles filles. Kate avait commandé un tableau d’elle-même en sainte Catherine et comme il était très beau, nous l’avons utilisé comme affiche. On s’est fait de super beaux costumes et on a invité plein de gens. Kate était sainte Catherine, Anna était Jeanne d’Arc — Kate était convaincue que c’était pour porter une minijupe — et j’étais sainte Lucie, avec une couronne de lumières clignotantes et un bloc-batterie de plus de deux kilos. La préparation du spectacle a été aussi amusante que le spectacle lui-même.

Pouvez-vous décrire la relation que votre famille entretient avec Montréal ?

JM : Mon père était de Saint John, au Nouveau-Brunswick, et il est venu à Montréal quand il était jeune homme. Ma mère est étroitement liée à Montréal. Elle y est née et a été à la St. Patrick Parish School. Plus tard, elle a travaillé pour les Bronfman, avant de se marier avec mon père, en 1935. Elle adorait Montréal et elle adorait la rue Sainte-Catherine. Elle avait une décapotable, dans les années 1980, je baissais le toit et je l’emmenais se balader en ville. Elle disait : « Emmène-moi rue Sainte-Catherine ! » On traînait à l’intersection de la rue Peel, pour qu’elle puisse évoquer ses années de jeunesse à travailler. Elle avait toujours de bonnes histoires. »

Voyez comment soutenir le Kate McGarrigle Fund, au Canada, et la Kate McGarrigle Foundation.

Richard Burnett

Richard « Bugs » Burnett est un auteur, rédacteur, journaliste, blogueur et chroniqueur canadien. Il écrit pour des hebdomadaires indépendants ainsi que des publications grand public et LGBTQ. De plus, Bugs connaît Montréal comme une drag queen connaît les produits de beauté.

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